Le tournage de "Tous les hommes sont des romans" vu de l'intérieur par un journaliste "embedded".
Le très charismatique Eric de Saint-Angel étant venu faire un reportage sur le tournage, il a été immédiatement enrôlé de force pour composer de toute pièce le rôle d'un échotier malveillant. Ce dont il n'a pas tenu rancune au film comme on le verra ci-dessous. Chaleur Humaine
Dans « Tous les hommes sont des romans » d’Alain Riou et Renan Pollès, entre la vie et le vaudeville, il n’y a souvent que l’attention plus soutenue portée aux caractères.
Dieu qu'il peut faire chaud ! A l'extérieur, le mercure affiche 31 degrés; à l'intérieur, dans la salle à manger d'hôtel où s'entasse l'équipe, règne une touffeur équatoriale.
Un peu la dégaine de Bogart dans «African Queen», Renan Pollès, le chef opérateur de Pascal Thomas, réclame le silence. L’atmosphère est un peu fébrile. Plusieurs scènes doivent être dans la boîte d'ici à ce soir. A 21 heures, la France entre en apnée: elle affronte le Brésil. Ces préoccupations restent pour l'heure sur le banc de touche, mais l'angoisse marque certains visages.
Alain Riou et Renan Pollès ont déjà coréalisé un long-métrage il y a deux ans, «Elle critique tout», dans lequel une pléiade d'acteurs non professionnels fit des débuts remarqués. Cet essai concluant les a incités à mettre un nouveau sujet à l'épreuve du pouvoir bicéphale : «Tous les hommes sont des romans» est destiné à la télévision. Notre ami Riou en est l'auteur, ce qui exclut toute possibilité de drame car il est trop délicat pour heurter les âmes sensibles. Attitude rare à notre époque, il s'est persuadé qu'en beaucoup d'occasions il n'est pas inutile de regarder ce que l'on fait comme une comédie. L’adoption de cette philosophie lui donne une liberté que l'on ne peut avoir quand on prend les choses (et soi-même) trop au sérieux. Ceux qui lisent ses articles dans «le Nouvel Observateur» et l'écoutent chaque semaine au «Masque et la plume» apprécient justement cette absence de postures, cet esprit primesautier, et peut-être aussi qu'il dise ce qu'il pense des films qu'il a vus.
Retour sur le tournage. Tout le monde est enfermé depuis deux bonnes heures. La maquilleuse ne cesse de faire des retouches de fond de teint au pinceau. Cinq ou six tables sont occupées par des figurants qui portent silencieusement des feuilles de salade à leurs lèvres. Mais un seul couple retient l'attention de la caméra, celui formé par deux personnages-clés: Barbara, la call-girl, interprétée par Charlotte Desgeorges, et Renaud Varenne, le présentateur de télévision joué par Thierry Godard. A la faveur d'une pause, Alain Riou nous expose l'argument de sa comédie: «Deux femmes que tout sépare, une bibliothécaire médiéviste et une call-girl très actuelle, sont amenées à échanger leurs rôles et élargissent ainsi leur vision du monde. » : Il s'agit donc bien d'une «comédie érotique en faveur de la lecture», ainsi que l'indiquait le sous-titre. Ce que nous confirme Margot Abascal («Promotion canapé», de Didier Kaminka; au théâtre, «Conversations après un enterrement», de Yasmina Reza), qui tient le premier rôle, celui d'Alice, la médiéviste soudain émancipée. « Un vaudeville, une douce folie. Ce personnage décalé, irréaliste, me change des femmes un peu fatales qu'on me propose souvent. » Les prises se succèdent. Avec une patience féline, les réalisateurs guettent les comédiens.
Tout l'art du cinéma est de saisir la vie au vol, canicule ou pas.
Eric de Saint Angel
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