Interview d'Alain Riou : "Pourquoi je m’adonne à "l’héroïne"
Le fait est que de la mère d’Œdipe à la « Femme du Boulanger » – et aux héros d’Eric Rohmer - l’intérêt pour l’amour des autres, c'est-à-dire pour nous-mêmes, est la curiosité qui nous motive le plus. Surtout quand le héros est une héroïne, c'est-à-dire qu’elle ajoute à sa nature ce mystère auquel je suis shooté.
Supposons une bibliothécaire fascinée par les livres au point d’en oublier son corps. Et une call girl fascinée par son corps au point d’en oublier les livres.
Mélangeons-les. Offrons-leur des hommes qu’elles n’auraient pas à priori croisé sur leur route. Rendons ces hommes assez aveugles et assez tendres pour se prêter à leurs jeux.
On obtient une comédie de paradoxes, où la logique du hasard finit par créer deux femmes complètes au lieu de deux moitiés inachevées.
Toutes ces folies bien sûr, demandent à être solidement démontrées. Mes arguments sont au nombre de cinq. Je les ai rencontrés sur les scènes de théâtre, au cinéma, dans les séries télé ou dans le feu de ces one-woman-show qui ne mentent jamais.
Alice, la bibliothécaire, c’est Margot ABASCAL. On l’a vu chez Diane Kurys ou Thierry Jousse, dans des films grand public ou plus avant gardistes (Elle vient d’être Florence Malraux, l’amie de Sagan-Sylvie Testud). Margot est ravissante et semble ignorer sa beauté. Comme Alice, elle est de ces femmes sérieuses et rares dont les résolutions durent toute l’année. (www.margot.abascal.online.fr).
Barbara, la call girl était forcément Charlotte DES GEORGES, exquise clownesse dont les shows charment. Charlotte a le physique d’une panthère et l’esprit d’une dompteuse. On vient de vérifier, grâce à « Tout n’est pas rose » qu’elle a écrit et joué, son jeu si finement stylisé qu’elle en devient une sorte de Cary Grant au féminin. (www.charlotte-des-georges.com).
Dans le rôle du présentateur télé saisi par la culture, Thierry GODARD, habitué des séries (« Engrenages » sur Canal et « Le Village français » sur France 3), apporte son univers totalement personnel, sa chaleur, sa poésie, sa façon de jouer à l’opposé de la tradition, et tellement convaincante qu’elle en devient la vraie réalité.
Pour Frédéric, que le goût de la marine à voile transforme en courant d’air, au point que sa femme le plaque alors qu’il franchit le Cap Horn, il fallait un interprète inattendu, décalé, rêveur comme les brumes du large. Bruno CHICHE,
le réalisateur de « Hell » et de « Barnie et ses petites contrariétés » a l’habitude de faire jouer les autres, et n’en sait que mieux jouer lui-même.
Le vaudeville, c’est connu, exige une technique d’enfer. Seul un virtuose en conséquence, pouvait donner à la forme de ce film le rythme et l’élégance nécessaires. Renan POLLES, avec qui j’ai préparé l’IDHEC naguère, est devenu depuis le chef op idéal des films pas comme les autres, que ce soit « L’An 01 » de Doillon et Resnais ou « La Java
Quant à moi, j’ai raconté depuis des années des milliers de films des autres. J’aime rire, j’aime lire, j’aime Sacha Guitry et je ne déteste pas l’idée que le hasard et les arts mènent favorablement nos vies. "
Alain RIOU
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